Retour au blog
Santé

Faut-il vraiment boire plus d'eau pendant une canicule ?

Arcsanté
Faut-il vraiment boire plus d'eau pendant une canicule ?

Chaque été, la même question revient : faut-il boire beaucoup plus quand il fait très chaud ? La réponse est oui — mais avec des nuances qui font toute la différence, et qu'on oublie trop souvent.

Pourquoi votre corps a besoin de plus d'eau en cas de forte chaleur

Dès que les températures grimpent, votre corps perd de l'eau en continu par la transpiration, même sans effort particulier [1]. Considérez la sueur comme votre climatisation naturelle : en s'évaporant sur la peau, elle évacue la chaleur. Mais ce mécanisme a un coût — et plus il fait chaud, plus la facture en eau s'alourdit.

En période de canicule, un adulte sédentaire devrait viser au moins 1,5 à 2 litres de liquide par jour [1,9]. Bonne nouvelle : une partie de ce total provient déjà de votre alimentation — soupes, fruits, légumes. Le vrai réflexe à adopter, c'est de boire par petites quantités tout au long de la journée, avant même de ressentir la soif [1].

Pourquoi anticiper la soif plutôt que l'attendre ? Parce que c'est un signal tardif : quand elle se manifeste, vous avez déjà perdu environ 2 % de votre poids corporel en eau [2,11]. C'est un peu comme le voyant d'essence de votre voiture — il s'allume quand le réservoir est déjà presque vide.

Un point essentiel à retenir : boire trop, et trop vite, n'est pas anodin non plus. Un excès d'eau plate peut diluer le sodium dans le sang et provoquer une hyponatrémie — une urgence médicale qui, dans les cas sévères, peut entraîner convulsions, coma, voire un décès [3,12]. L'objectif n'est donc pas de boire « le plus possible », mais de boire juste, régulièrement.

Rester chez soi ne suffit pas à se protéger de la déshydratation

On pourrait croire qu'à l'abri entre quatre murs, la chaleur nous épargne. C'est faux — et c'est justement ce qui rend la canicule dangereuse à domicile.

Même dans une pièce à l'ombre, le corps continue de perdre de l'eau par la peau et la respiration : ce sont les « pertes insensibles » [9]. Dans un logement mal isolé ou sous les combles, la température intérieure peut dépasser celle de l'extérieur, notamment à cause de l'effet « îlot de chaleur » en ville [8].

Le piège de la climatisation : si vous avez la chance d'en avoir une, vous êtes tenté de rester dedans sans penser à boire. Mais l'air climatisé est plus sec, ce qui augmente aussi les pertes d'eau par la respiration. Même au frais, l'hydratation reste indispensable.

Les personnes âgées : une vigilance particulière

Avec l'âge, le mécanisme de la soif s'émousse : on ressent moins la soif, même quand le corps en manque réellement [4–6]. Imaginez un détecteur de fumée dont le seuil d'alarme aurait été remonté : le feu couve, mais l'alarme ne sonne pas. C'est comparable à ce qui se passe avec la régulation hydrique chez les seniors.

Environ 25 % des personnes de plus de 85 ans boivent moins d'un litre par jour — bien en dessous de leurs besoins [5,8]. Et comme le corps d'une personne âgée contient proportionnellement moins d'eau (40-50 % du poids corporel, contre 60 % chez un adulte jeune), chaque perte pèse davantage sur l'organisme [9].

Conseil pratique : installez une carafe d'eau dans la pièce où vous passez la journée, et associez chaque verre à un repère fixe — le journal télévisé, chaque passage aux toilettes, la prise d'un médicament. Ne comptez pas sur votre ressenti de soif : il n'est plus fiable.

Sel et électrolytes : sont-ils vraiment nécessaires ?

Pour la grande majorité des gens, non. Là encore, tout dépend de votre profil.

En transpirant, on perd surtout de l'eau, mais aussi un peu de sodium, potassium, magnésium et calcium [2,11]. La sueur contient en moyenne 35 mmol/L de sodium, avec une grande variabilité individuelle (de 10 à 70 mmol/L) [11].

Si vous mangez normalement trois repas équilibrés par jour, ces pertes en électrolytes sont largement compensées par l'alimentation [1,11]. Inutile donc de vous ruer sur les pastilles de sel ou les boissons « sport » : votre assiette fait déjà le travail.

Qui a réellement besoin d'électrolytes supplémentaires ?

  • Les sportifs qui s'entraînent intensément sous la chaleur pendant plus d'une heure — ils peuvent perdre 1 à 2,5 litres de sueur par heure [11,12]

  • Les personnes qui transpirent abondamment et longtemps, comme les travailleurs en extérieur

  • Celles qui remarquent des dépôts blancs de sel sur leurs vêtements après l'effort — signe d'une perte de sodium importante [12]

Attention si vous êtes concerné(e) : les boissons « sport » et solutions de réhydratation orale contiennent sucre et sel en quantités non négligeables — environ 0,5 g de sel pour 500 ml de boisson sportive, et jusqu'à 1,5 g pour une solution de réhydratation [1]. Si vous suivez un traitement pour l'hypertension, souffrez d'une maladie cardiaque ou rénale, ou suivez un régime sans sel, demandez l'avis de votre médecin avant d'en consommer.

Sport et fortes chaleurs : comment adapter son hydratation

Faire du sport en pleine canicule, c'est un peu comme rouler avec un moteur dont le radiateur est déjà à la limite : la prudence s'impose. Voici les règles à connaître.

Avant l'exercice. Partez bien hydraté : buvez 5 à 7 ml d'eau par kilo de poids corporel (soit environ 350-500 ml pour 70 kg), au moins 4 heures avant l'effort [2]. Si vos urines sont foncées à ce moment-là, augmentez la dose.

Pendant l'exercice. L'objectif n'est pas de boire autant que vous transpirez — c'est un piège fréquent. Il faut boire un peu moins que votre taux de sudation, pour éviter la prise de poids en cours d'effort et le risque d'hyponatrémie [12].

  • Ne dépassez pas 700 ml par heure : au-delà, le risque d'hyponatrémie augmente nettement [12]

  • Pour un effort de plus de 45-50 minutes, une boisson contenant glucides (6-8 %) et électrolytes peut améliorer la performance par rapport à l'eau seule [2]

  • Au-delà de 70 % de votre capacité maximale, l'estomac vide moins bien les liquides : l'absorption ralentit [10]

Après l'exercice. Reprenez progressivement. L'idéal est de vous peser avant et après l'effort : pour chaque kilo perdu, buvez environ 1,5 litre de liquide, en plusieurs fois — une partie sera de toute façon éliminée par les reins [2].

Un repère simple : la couleur de vos urines. Jaune pâle, couleur citron pressé : vous êtes bien hydraté. Foncées, couleur jus de pomme ou thé : il faut boire [2,10].

Le piège de l'eau plate seule. Lors d'un effort prolongé sous la chaleur, boire uniquement de l'eau sans sodium peut précipiter une hyponatrémie : le sang se dilue, le sodium chute, et les cellules — y compris cérébrales — gonflent [3,12]. Nausées, maux de tête, confusion peuvent en résulter. C'est pour cette raison que les marathoniens expérimentés alternent eau et boissons salées, ou grignotent des bretzels en course.

Les signes de déshydratation à repérer

La déshydratation s'installe souvent en silence. Voici les signaux à surveiller, du plus léger au plus grave.

Signes précoces (perte de poids ~1-2 %)

  • Fatigue, baisse d'énergie

  • Bouche sèche, langue légèrement râpeuse

  • Urines foncées, moins fréquentes

  • Soif — mais rappelez-vous : ce signal arrive déjà tard

Signes modérés (perte de poids ~3-5 %)

  • Maux de tête, étourdissements

  • Crampes musculaires, surtout aux jambes, bras ou à l'abdomen [2]

  • Vision légèrement trouble, nausées

  • Pouls plus rapide que d'habitude

  • Chute de tension au lever (hypotension orthostatique) [5,9]

Signes graves (perte de poids >5-7 %) — urgence

  • Confusion, désorientation, difficulté à parler

  • Absence d'urine, ou urine très foncée depuis plusieurs heures

  • Yeux creux, peau qui reste « en tente » quand on la pince

  • Chute de tension importante, évanouissement

  • Fièvre élevée avec peau chaude et sèche : c'est le coup de chaleur, une urgence vitale

Chez les personnes âgées, les signes sont souvent trompeurs. Une confusion soudaine, de l'agitation ou au contraire une apathie inhabituelle peuvent être les seuls indices d'une déshydratation [4,5,9]. Un simple changement de comportement — un proche qui semble « ailleurs » ou qui parle moins — peut cacher une déshydratation qui, non traitée, évolue vers une insuffisance rénale aiguë en quelques heures [5,8]. Chez les seniors hospitalisés, la déshydratation augmente de près de 40 % le risque de mortalité à 30 jours [7,8].

Quand consulter sans attendre : confusion, impossibilité de boire, urines très foncées ou absentes depuis plus de 8 heures, fièvre élevée, ou maux de tête persistants. Ne temporisez pas.

En résumé : les bons réflexes

  • Chez soi : 1,5 à 2 L/jour, par petites gorgées, avant d'avoir soif

  • Personnes âgées : rappels réguliers, carafe à portée de main

  • Sport léger : l'eau suffit

  • Sport intense (>1h) : boisson électrolytique, max 700 ml/h

  • Repas équilibrés = pas besoin de suppléments en sel

  • Urine claire = tout va bien

  • foncée = buvez

  • confusion ou absence d'urine = urgence

Vous avez une question sur votre situation personnelle ?

N'hésitez pas à me contacter — chaque cas est différent, surtout en cas de traitement médical ou de pathologie chronique.


Références

[1] Hisatake S, et al. (2025). How to manage water and salt intake during the hot summer of 2025. Hypertension Research. DOI: 10.1038/s41440-025-02367-w

[2] Bushman BA. (2013). Exercise in the Heat and Adequate Hydration. ACSM's Health & Fitness Journal. DOI: 10.1249/fit.0b013e318296bdda

[3] Hussain N, et al. (2007). Water intoxication and the heat wave. Archives of Disease in Childhood. DOI: 10.1136/adc.2006.107599

[4] Hooper L, et al. (2015). Clinical symptoms, signs and tests for identification of impending and current water-loss dehydration in older people. Cochrane Database of Systematic Reviews. DOI: 10.1002/14651858.CD009647.pub2

[5] Griffiths R, et al. (2019). Dehydration and renal failure in older persons during heatwaves—predictable, hard to identify but preventable? Age and Ageing. DOI: 10.1093/ageing/afz080

[6] Armstrong LE. (2013). The Complexities of Hydration Issues in the Elderly. Nutrition Today. DOI: 10.1097/nt.0b013e3182978628

[7] Iguchi Y, et al. (2022). Dehydration and hospital-associated disability in acute hospitalized older adults. European Geriatric Medicine. DOI: 10.1007/s41999-022-00722-5

[8] Olde Rikkert MGM, et al. (2009). Heat waves and dehydration in the elderly. BMJ. DOI: 10.1136/bmj.b2663

[9] Anderson KA, et al. (2011). Recognizing the face of dehydration. Nursing. DOI: 10.1097/01.nurse.0000399725.01678.b7

[10] McDermott BP, et al. (2019). Practical Hydration Solutions for Sports. Nutrients. DOI: 10.3390/nu11071550

[11] Sawka MN, et al. (2000). Fluid and electrolyte supplementation for exercise heat stress. American Journal of Clinical Nutrition. DOI: 10.1093/ajcn/72.2.564s

[12] Armstrong LE. (2021). Rehydration during Endurance Exercise: Challenges, Research, Options, Methods. Nutrients. DOI: 10.3390/nu13030887

Partager cet article :